Poème 1

07/12 : Station Mairie d’Issy. Six heures et vingt-huit minutes. Train à l’approche. Prochain train dans 2 minutes.

 

Chère Ligne 12, je te connais par cœur, ta conduite m’est exécrable. Quittons-nous…

Bien que je ne minimise pas ma chance de vivre dans l’une des plus belles villes du monde, une fois happée par la pleine bouche de métro, je ne peux réprimer cette sensation d’étouffement qui me fait rentrer chaque soir dans mon clapier parisien en désirant la vie d’autres lapins bondissant librement dans leur environnement vert ! Ah ce vert prairie des herbes hautes faisant disparaître l’explorateur téméraire s’y aventurant ! Ce vert impérial des arbres sous lesquels il fait bon s’assoupir en été ! Ce vert épinard, avocat, citron, olive, poireau, menthe ou pomme, si plaisant à porter à sa bouche ! Et puis, ce vert bouteille hideux choisi par la RATP pour symboliser la ligne 12… C’est clair qu’il y a de quoi vouloir s’alcooliser avant de devoir la prendre ! Mais non merci ! Cette addiction-là n’est pas de mon goût. Bon, je commence à divaguer là. Voyons ma tête reste concrète ! Coup d’œil à ma montre. On est toujours dans les temps. J’déboule quand même en trombe sur le quai. J’ai déjà joué des coudes dans l’escalier et j’en suis à ma seconde apnée de la matinée. Une réalisée au sein du troupeau des taupes marathoniennes du quotidien, et l’autre avant même mon entrée dans ce tube digestif géant aux odeurs putrides parisiennes. Retranscrit en langage explicite : j’ai retenu mon souffle dans un trajet en bus peu avant. Ce moyen de transport peut sembler plus appréciable que le voyage sous terre, mais aux heures de pointes il est encore plus atroce. Le métro, certes, est souvent blindé mais il est rapide. Je peux faire un plein d’air furtif à chaque arrêt. Alors que la boîte de conserve qui roule, y’a intérêt à s’entraîner régulièrement à la plongée ou de s’y introduire directement avec des bombonnes d’air sur le dos.  J’ai opté pour le premier choix. J’ai lu à ce sujet, que retenir sa respiration permettait de ralentir son rythme cardiaque et éviter l’hyperventilation. L’experte en tachycardie et souffle haletant que je suis fut ravie de l’apprendre. Seul hic : si je n’ai pas un minimum d’espace vitale autour de moi, même en apnée, je suffoque. Et en pleine suffocation, il vaut mieux trouver un moyen de se ravitailler en air rapidement plutôt que de retenir sa respiration davantage. A moins, bien sûr, de désirer une agonie rapide. Mais mourir dans un métro c’est d’un triste…Triste à en vouloir se jeter sous un train ! Pensées intéressantes pour étouffer mon anxiété latente… Non ma tête, sois tranquille ! Mon corps ne se fera pas étalé de tout son long et plus encore de Mairie d’Issy à Porte de la Chapelle aujourd’hui. Je vais rentrer dans la rame sagement et TOUT se passera bien. On ne peut pas mourir d’angoisse… Si ? Il suffit, esprit indocile ! C’est le moment de se concentrer. Bruit strident de freins mal huilés. Portes qui s’ouvrent. Mais pourquoi ne me suis-je pas positionnée afin de faire face aux rames du milieu à l’arrivée du train… On le sait bien : « c’est toujours plein en tête de train ! » Tant pis. Profonde inspiration et apnée calmante pendant 10 secondes. Ça va passer vite. Ça passe toujours. Bon toi le fanfaron, t’avances ?! Mais tu vas me laisser entrer oui ! Bouge ton cul. Je ne peux pas te le demander je suis en apnée mais ça semble évident. Comment je fais sinon ? Non pas le bip de fermeture des portes ! Fonce dans le tas ma fille ! Hein ?  Non, par pitié, dîtes-moi pas qu’il vient de se passer ce que je pense ! Pas à moi ! Bordel…

« Merci aux voyageurs de ne pas bloquer les portes ! », beugle dans les haut-parleurs, la voix du conducteur.

De ne pas bloquer les portes ! Je suis plus bloquée qu’elles là ! Je m’entends haleter. Pas d’attaque de panique, pas maintenant ! Je t’en supplie ! Mon regard croise celui effaré d’un homme, les membres supérieurs encombrés par un long escabeau et un seau paraissant peser bien plus que son poids. Ses yeux cherchent dans l’assistance une âme charitable acceptant de me secourir à sa place. Mais les visages demeurent fermés et font superbement bien mine de regarder ailleurs. Cette performance d’acteur-ci est un don typiquement parisien. L’homme, paraît dépassé par ce spectacle, bien qu’au vu de sa musette en son dos emplie de morceaux d’affiche, je me doute que c’est un habitué de ce théâtre. Mais cette fois, il décide que la comédie a assez duré. Il lâche d’une traite ses outils de travail, puis pousse ou plutôt éjecte les passagers lui barrant son chemin pour en deux-deux et d’une seule main, réussir à me libérer de mon piège métropolitain à lapins roses ! A croire que le célèbre lapinou au pelage rosé, dont l’effigie placardée sur les portes de chaque rame prévient de la douleur de s’en trouver broyer, s’égosille pour rien. « Ne mets pas tes doigts sur la porte : tu risques de te faire pincer très fort », s’exprime-t-il d’un ton enfantin. Pourtant, les enfants, eux, savent bien que vouloir courir après le temps ça fait mal ! En tous cas, maintenant je peux infirmer la citation. Oui ça pince très fort ! Et heureusement que ce n’était pas mes phalanges ! Outre la souffrance qui doit être plus grande, je pense qu’au vu de l’indifférence générale, il y ait de grandes chances que personne n’aurait bouger pour de simples doigts. Ce pauvre lapin a dû finir par y laisser les siens… Beurk ! Ça ne va pas aider ma crise d’angoisse ces réflexions-là. Mais arrête de penser ! Pourquoi tout en moi s’accélère à chaque monter d’adrénaline ?! La tête de l’homme aux affiches me fait vite comprendre que je ne suis pas la seule dont les pensées défilent.

« Oh ! Oh ! Ça va ?! Dîtes ! Ça va ? Vous êtes asthmatique, c’est ça ? Où est votre Ventoline ? Mademoiselle ? Vous m’entendez ? Bordel… Mais faîtes quelque chose vous autres au lieu de nous admirer ! Au moins faites-lui un peu d’air !»

Il fait alors le chemin inverse pour récupérer son escabeau, et indifféremment du peu d’espace disponible, le déplie d’un geste brusque face à moi. Je le regarde nerveusement. Mon dieu, qu’il ne fasse rien de dingue ! Il répond à mon regard par un sourire de satisfaction. Fier de sa trouvaille, il me dit :

« Voilà comme ça, ça vous fait un trou d’air ! Un peu d’espace pour reprendre votre

souffle vous fera du bien. Asseyez-vous par terre. »

Je dodeline en guise de merci en me glissant sur le sol. Lui, pose une demi-fesse sur une des marches de l’escabeau en évitant de trop envahir mon espace vital.

« Maintenant respirez ! Lentement. Vous allez m’écouter. Je pratique le chant depuis 15 ans. Je connais d’excellentes techniques de respiration. Ça va vous relaxer. Inspirez sur 3 temps. 1, 2, 3. Retenez votre respiration pendant six secondes. Maintenant expirez sur 3. Et soutenez votre souffle sur 6. Encore une fois. »

J’aimerais bien lui dire que je connais cet exercice. Que je pratique l’apnée depuis moins longtemps certes, mais assez quotidiennement pour en être devenue rapidement une experte. J’aimerais l’amener à considérer mon constat. Cette technique n’a à ce jour, plus aucun effet sur moi. Même pas le plus petit effet placebo. Mais outre le fait que je ne puisse plus parler, j’avais la chance pour une fois de ne pas être seule dans mes instants de détresse. Autant en profiter ! Je tente de m’imprégner de sa voix et ses mots. Mes yeux, eux, s’entêtent à chercher désespérément un endroit rassurant pour s’y fixer. En errant vers le plafond, mon regard tombe sur l’affichette au-dessus des strapontins. Ces jours, c’est « le mois des poètes » à Paris. Pour l’évènement tous les métros parisiens affichent des extraits de poèmes dans leur rame. Par réflexe d’alphabète et pour penser à autre chose, je me mets à lire celui en face de moi :

 

« J’aime ta forte odeur et ton flot d’un vert sombre  Qui laisse s’élancer, au milieu de son ombre  Des feux couleur de sang tout le long du cristal,  Comme si le Seigneur, en signe de prudence,  Avait voulu mêler à ton vert d’espérance  Quelque signe fatal. » (Ode à l’absinthe, Alfred de Musset)

 

« Quelque signe fatal ! » Fatal ! On ne pouvait pas trouver mieux comme fin de poème pour que mon cœur s’emballe à nouveau. L’angoisse qu’il lâche durant une attaque de panique me fait souvent faire des choses que jamais mon égo ne m’autoriserait en temps normal. C’est donc sans demande de consentement que j’agrippe le tee-shirt de l’homme aux affiches et me colle violemment contre sa poitrine. Pas de réaction de surprise, ni de rejet. Tant mieux. Au plus près de son corps, je remarque les grosses auréoles s’étendant bien au-delà de ses aisselles. Bien malgré moi je me mets à respirer sa sueur. Son odeur aurait sûrement pu me rebuter dans d’autres circonstances. Mais pour moi aujourd’hui, c’était la plus belle odeur qui soit. Celle de la dévotion et du courage. Celle de l’empathie, de l’affection…Je continue l’exercice de respiration de mon héros en humant ses auréoles à chaque prise d’air. Il me regarde. Je le sens. Je décolle mon nez de son corps pour lui lancer un regard de gratitude en signe de début d’apaisement de mon palpitant. Nos yeux se croisent et se contemplent un temps. Je n’avais pas prêté attention aux siens avant. En même temps comment aurais-je pu ? Pourtant, la beauté de son regard paraît inévitable. Il a les yeux profonds, d’un vert magnifique… Pas le vert de la ligne 12, non ! Mais un vert qui fait du bien. Le vert des prairies s’étendant à perte de vue, où je pourrai mener mes explorations, y gambadant allégrement, encore plus libre que les autres lapins. Le vert des arbres sous lesquels je pourrai enfin m’y reposer en paix. Le vert de tous ces épinards, ces avocats, ces citrons, ces olives, ces poireaux, de toute cette menthe ou toutes ces pommes, que j’ai tant envie de goûter… Ce vert de l’ode en vers du vert absinthe du verre de Musset.

« J’aime ta forte odeur et ton flot d’un vert sombre. »

Jamais poème n’aura pris autant de sens en moi.  Je me répète cette envolée lyrique, mes yeux s’apaisant dans les siens, mon nez tout contre son aisselle. Ah que j’aime la vie, que j’aime les gens ! Que j’aime le métropolitain en cet instant ! Une fois mon corps détendu, l’homme enjoint la personne derrière moi de libérer l’espace afin d’ouvrir le strapontin pour m’y reposer. La personne s’exécute, non s’en clamer bien fort que mon sauveur est bien dupe, que cela se voyait que ma crise n’était que comédie et qu’elle a été diagnostiquée anxieuse généralisée donc elle sait de quoi elle parle !  Nous ne répondons pas. Assise sur mon strapontin réservé, je me rends compte que tout s’est passé très vite et que nous voilà rendu au premier arrêt. Il me demande si ça ira et si je me rendais loin. Je lui dis que j’ai une correspondance à Montparnasse, que ce n’est pas si loin et que ça devrait aller, en ponctuant bien chaque phrase par des remerciements mielleux à m’en rendre ridicule. Il me répond que c’était bien normal et que cela fait plaisir de me voir avec des couleurs aux joues, car mon visage est bien trop charmant pour demeurer terne. La phrase la plus enivrante de ma vie. Son clin d’œil avant de descendre de la rame avec tout son fatras : la goutte de trop pour mes yeux de nouveaux plongés dans les siens. Ma tête apaisée ne devrait plus avoir soif de sérénité maintenant. Pourtant, une fois l’homme parti, je sens mon souffle redevenir irrégulier. Mes mains moites tentent de retenir les vas et viens exacerbés de ma poitrine Mon cœur va lâcher de battre si fort. Mais ce n’est pas de l’anxiété que je ressens. Car aujourd’hui, en ces lieux, je ne suis plus une jeune fille anxieuse. Je suis devenue une jeune fille alcoolique. L’absinthe monte vite à la tête ici.

 

09/12 : Station Volontaire. Quinze heures et treize minutes. Prochain train dans 1 minute.

 

Ma Ligne Verte, suis-je condamnée à vivre constamment dans ta ligne de mire ? Acceptons-nous…

Je ne le vois pas. Chaque jour depuis son dernier clin d’œil, je le cherche en vain. Je pensais pourtant qu’il serait facile de nous revoir. Il est censé travailler essentiellement sur cette ligne. C’est ce que j’ai lu en me renseignant sur le métier de colleur d’affiches. C’est un métier original quand même. Ça a quelque chose de presque artistique. Comme un peintre doserait ses différentes teintes de peinture pour trouver la couleur parfaite, lui, doit trouver la juste dose de colle afin que l’affiche adhère bien au mur tout en étant facile à retirer quand il faudra en changer. C’est un métier physique aussi. Il faut être rapide, porter tout le matériel, dont la musette contenant toutes les affiches pouvant peser jusqu’à trente kilos quand elle est pleine. Je me dis que c’est grâce à cette routine que ma fée verte a des bras si fermement enveloppant et rassurant. Et c’est grâce au bon dosage de colle qu’il sut si bien doser ses gestes et ses mots pour m’apaiser. Oui je l’appelle ma fée verte. C’est le nom affectueux donné à l’absinthe par ses afficionados. Je trouve que ça allait bien avec notre rencontre et à défaut de pouvoir me murmurer son nom, je me répète celui-ci en boucle et le sentiment de bien-être m’envahit presque instantanément. Quoiqu’aujourd’hui, je m’en veux tant que je ne ressens rien de positif. Je m’en veux d’avoir joué ma timide. J’aurais dû osé. Osé lui dire quelque chose, je ne sais pas, quelque chose comme : « J’espère qu’on se reverra. » pour montrer mon intérêt à son égard. Ou « Je ne sais comment vous remercier, puis-je vous offrir un verre ? » afin de faire durer le plaisir. Ou encore les vrais mots qui brûlaient en moi de ne pouvoir sortir « Reste avec moi… ». Mais comme d’habitude je n’ai rien dit, m’en suis remise au destin en me disant que la vie fait toujours bien les choses alors qu’habituellement je prêche le : « On n’a rien sans rien. » Car rien n’est jamais acquis. Surtout pas l’amour des autres…Pourtant dieu sait que je pourrai l’aimer à m’en rendre malade ma fée verte. Que je m’en rends déjà malade. Alors que faire ? Je regarde le panneau du vieil homme SDF à l’entrée du quai. Sur un carton gondolé par les averses de ces derniers jours est écrit : « Pour la drogue et les putes, merci beaucoup. » L’homme tenant l’écriteau est le parfait représentant de ces mots. Il fait sale, non par manque d’hygiène mais par son regard vicieux, sans once d’humanité. Régulièrement, il lui arrive d’insulter les passants sans raison. Quand c’est le cas, les voyageurs agissent comme ils le font avec n’importe quel autre sans abris : ils l’ignorent. Mais la plupart du temps, à la lecture de son carton, nombreux passagers rient puis lui donnent une pièce avec un sourire du genre « Toi t’es un sacré phénomène ! Tu mérites bien mon euro » puis partent rejoindre leur quai avec des propos du style « Au moins lui, il est sincère, pas comme les autres clodos ! ». Comme si tous les sans-abris ne faisaient que baiser, puis se piquer dans les chiottes publiques. Je ne sais pas au final si celui-ci utilise cet argent comme il le prétend mais il faut avouer qu’il a trouvé l’appât adéquat pour recevoir un peu de charité en ce monde infâme. A cette pensée, j’accepte de compatir à son sort et comprends mieux ses injures et son manque d’empathie dans le regard. Il a sûrement manqué beaucoup d’amour pour finir ainsi. Il n’a jamais dû rencontrer de fée verte…ou il ne lui a pas tendu la main quand celle-ci s’est penchée un instant sur lui. Mais non, ne penses pas ça ma tête !  Je ne suis pas comme lui ! Lui préfère se noyer dans le chagrin et tendre vers la fatalité. Moi j’affronterai les rafales de vent et les déceptions jusqu’à ce que la vie me donne la satisfaction nécessaire pour pouvoir continuer à accepter d’errer sur son chemin. Je ne vais pas me jeter sur les rails ! Je retrouverai ma fée verte. La volonté fait tout. Et je suis volontaire !

 

10/12 : Appartement 4 palier B résidence du Mont Valérien, Suresnes. Deux heures et trente-six minutes du matin. Aucun train à l’approche.

 

Astucieux Réseau, je suis prise en t’es filets. Mélangeons-nous…

J’ai passé toute la soirée à réfléchir à un plan d’attaque pour retrouver mon mystérieux inconnu. J’ai fait des recherches sur le net en tapant ces mots : « afficheur métro ligne 12 ». Evidemment rien. Ça aurait été trop beau. J’ai un temps hésité à envoyer un mail à Métrobus qui est en charge des colleurs d’affiches du réseau d’Ile-de-France. Je me suis rétractée. Je risquerais fort de perdre ma fée verte s’il apprenait par son chef qu’une cinglée envoie des mails à la boîte pour connaître son identité. Il faut croire qu’il n’y a plus rien à faire. Enervée, je décide de préparer mon sac pour demain matin, se trouvant être déjà aujourd’hui. Malgré mon échec, la vie continuait. Dans mon bric-à-brac je trouve le « 20 Minutes » de la veille, ce journal gratuit distribué à l’entrée de chaque station le matin. Je ne l’ai pas encore ouvert. « Allez un peu de lecture pour calmer les nerfs avant de dormir le peu d’heures qu’il te reste », me dis-je. Et c’est en errant mon ennui d’article en article que je tombe sur celui pouvant me redonner espoir ! L’article relate la grandissante notoriété du site internet : croisedanslemetro.com.  Un site pour des regards fugaces échangés le long de trajets RATP n’ayant pu se conclure, comme en mon cas, par les mots « Reste avec moi… ». Ni une ni deux, je m’en vais inscrire mon annonce sur le site. On doit y marquer un titre accrocheur qui permette à la personne recherchée de s’identifier rapidement et le numéro ou la lettre de la ligne empruntée le jour de la rencontre. J’écris : « La fille non asthmatique cherche le héros de sa crise de panique pour continuer d’avoir des couleurs aux joues. Ligne 12 de Mairie d’Issy à Corentin Celton. ». Je suis fière de moi ! Fière d’avoir fait quelque chose, même si la probabilité est forte pour qu’aucun bénéfice n’en résulte. La rêveuse que je suis pouvait-elle se convaincre que la poursuite d’une fée ne valait rien ?

 

12/12 : Station Montparnasse. Midi et douze minutes. Prochain train dans 12 minutes.

Mythique Dédale, indique-moi le chemin. Aimons-nous…

Dans la gare, c’est le bordel. Tout le trafic est ralenti. Je râle, je jure et commence rapidement à suffoquer. Hier, j’ai définitivement enterré l’espoir de revoir l’homme aux affiches et depuis mes crises d’angoisses sont revenues. Bien fait pour moi. Je regarde ma montre. 11h15. Il y a encore plus de monde sur le quai qu’aux heures de pointe. Déjà dans la rame ce matin, on était tant collés les uns aux autres que malgré ce froid de Décembre je crevais de chaud. Bon aussi, comme une idiote, je n’avais pas retiré ma doudoune avant de monter. Mais non ! Hors de question de faire le retour ainsi ! Désormais, c’est fini. T’as gagné saleté de métro ! Je ne te reverrai plus jamais. A cette pensée, je me mets à courir. Fuir ce quai, ces gens, mes angoisses, ma vie. Je cours et m’arrête sec au tapis roulant menant à l’autre aile de l’immense gare. J’y reprends mes esprits. Sans y prêter vraiment attention, je remarque que les affiches à contenance scientifique qui ornent ces murs afin de cultiver les voyageurs en attente, ont changé. Les nouvelles ont été rudement mal collées et sont parsemées de points d’interrogation. Ça doit être de l’art contemporain.  Je finis par distinguer des mots au milieu de toutes ces interrogations sans demande. « Chère fille suffocante sur la ligne 12, j’aimerais tant te revoir…Tu es d’accord ? Retrouve-moi au bout du tapis. » Est-ce possible ?! Au bout du tapis ?  Pourquoi un tapis ? Quel tapis ? Autres points d’interrogations stupides, n’est-ce pas ? En face de mon tapis roulant je vois que m’attend le prince de mes milles et une nuits. Je rêve éveillée. Il y en a qui courent pour rejoindre l’homme qu’elles aiment, moi, sans aucun effort, je viens à lui. Comme aimantée. Ma tête pour une fois ne se concentre que sur une seule chose. Et cette chose est que bientôt je vais pouvoir lui saisir le bras. Je lui saisirai le bras pour lui murmurer à l’oreille les vers de Musset. Il ne comprendra pas et me demandera de répéter. Là, je l’embrasserai. Il appréciera mon culot. Moi aussi. Alors que j’allais pouvoir combler mon désir d’audace dans peu de temps, j’entends la voix des hauts parleurs scander qu’un attentat à la bombe vient de se produire sur la ligne 12 et que des tireurs font actuellement feu gare Saint Lazare. J’entends des cris. Des pleurs. De nombreuses sonneries de portable, suivies de nombreux « T’es où ? ». Ça semble être la fin du monde. Mais je ne panique pas. Lui non plus. Tels Deucalion et Pyrrha, en train de recréer un monde pendant qu’un cataclysme submerge la Grèce, nous nous isolions volontairement l’un l’autre, amoureux à en surplomber ce triste monde paisiblement sur notre Mont Parnasse.

 

 

C’est mon super beau poème numéro 1

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Bla bla

vblala ca rime

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